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Le 30 mars 2006:
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La Voix du Nord Manifestation
Cent cinquante personnes étaient réunies hier devant la sous préfecture,
où Patrick Espagnol a reçu une délégation.
Un sursis pour la famille moldave.
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Un sursis synonyme d’espoir. Hier après-midi, au terme de plus d’une heure et demie d’entretien avec le sous-préfet Patrick Espagnol, la délégation défendant les intérêts de la famille moldave menacée d’expulsion semblait rassurée. Confortée dans l’idée que le rassemblement à l’appel du comité de soutien, dès 14 heures, de plus de cent cinquante personnes devant les grilles de la sous-préfecture, ne restera pas sans suites.
« Nous avons la garantie que la mère et ses enfants peuvent rester en France jusqu’en juillet-août, commentait Fabienne Leclercq, conseillère principale d’éducation. Le sous-préfet nous a demandé de présenter de nouveaux éléments pour un réexamen de leur dossier. »
Réexamen du dossier
Les six personnes reçues par le sous-préfet, dont deux élus de la ville de Calais, rapporteront aujourd’hui en détail les longs échanges avec le sous-préfet. Une nouvelle réunion du comité de soutien à la famille Anton (notre édition d’hier) se tient en effet ce soir à la Maison pour tous. « Nous poursuivons notre mobilisation, assurait Teddy Lauby de l’association Faut qu’on s’active. Notre but est d’obtenir la régularisation de cette famille. »
Patrick Espagnol, qui a jugé l’entretien d’hier « responsable et constructif », a apporté un éclairage à la situation. « Le comité de soutien était inquiet car toutes les voies de recours ont été épuisées après le refus de la demande d’asile. Je les ai rassurés en leur disant que le décret interdisant les expulsions d’enfants scolarisés avant les vacances sera appliqué. Au regard de certains éléments qui n’ont pas été apportés, je leur ai conseillé de demander une réouverture du dossier pour les faire valoir. »
L’OFPRA (office français de protection des réfugiés et apatrides), organisme indépendant, étudiera les nouveaux éléments que pourraient apporter Maria Anton et le comité. La question de la situation politique de la Moldavie sera cruciale, puisque ce pays est classé par l’OTAN et la France parmi les pays à risques. Les preuves des menaces pesant sur sa vie et celle de ses enfants, qui ont failli tomber entre les mains des mafieux organisant des réseaux de prostitution, seront tout aussi importantes.
Olivier PECQUEUX
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Le 29 mars 2006:
Le 26 mars 2006 : |
Le collectif Uni(e)s contre une immigration jetable*
vous invite au grand rassemblement NON à l'immigration jetable qui se tiendra
dimanche 2 avril entre 13h et 19h à Paris, sur la place de la République
en présence de
AKLI D., BERNARD LAVILLIERS, CALI
DIDIER LOCKWOOD, DIDIER SUPER, DYONISOS
FIL, LA BRIGADE, LA RUE KETANOU
LADY LAISTEE, LOÏC LANTOINE
LO'JO, LOUISE ATTAQUE
M.A.P, MANO SOLO, NO BLUFF SOUND
OAÏSTAR, RODOLPHE BURGER
SOUAD MASSI, TETES RAIDES
93 SLAM CARAVANE
Parce que le gouvernement entend désormais autoriser au séjour les seuls étrangers qui lui paraissent utiles à l’économie française, il s’apprête à proposer au Parlement un projet de loi qui viole sans vergogne les droits fondamentaux, notamment en matière de vie privée et familiale. Cette philosophie utilitariste, qui en rappelle d’autres, portera inévitablement aussi atteinte au droit d’asile et aux droits de la personne humaine. De façon à instrumentaliser les étrangers sélectionnés, la réforme entend enfin, dans de nombreux cas, leur imposer une précarité qui les rend jetables après usage et leur nie toute possibilité de construire un avenir dans ce pays. Quant aux sans-papiers, qui peuvent jusqu’à présent espérer une régularisation après dix ans de présence, ils perdront cette possibilité si le projet de loi est adopté.
Avant même sa discussion, les ministres de l’intérieur et de la justice ont signé le 21 février 2006 une circulaire de traque systématique des « outils humains » indésirables ou usagés jusque dans leur domicile ou leur foyer et, sur convocations-pièges, dans les préfectures. Ce nouveau texte rend parfaitement compte de ce qui se profile à l’horizon.
La bataille qui s’engage contre le projet de loi n’est donc pas seulement un combat contre une réforme du droit. Elle correspond également au refus de la résurgence d’une volonté de domination et d’exploitation d’un autre âge ainsi qu’au rejet d’une conception archaïque du monde et de l’humanité. C’est à un engagement contre cette régression fondamentale que les 350 organisations associatives, politiques et syndicales rassemblées dans le collectif Uni-e-s contre une immigration jetable (UCIJ) invitent celles et ceux pour qui le principe d’égalité reste intangible.
La mobilisation contre la réforme du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et contre les idées qui la fondent va donner lieu, le dimanche 2 avril 2006 après midi sur la place de la République à Paris, à l'engagement de nombreux artistes par un concert de protestation, de solidarité et pour l’égalité des droits.
Venez-y et en attendant... Faites circuler l'info |
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Le 26 mars 2006 :
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Dans le bi hebdomadaire l'ACTU à destination des adolescents un reportage et un
article sur les réfugiés de Calais est attendu à partir de cette semaine. |
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Le 24 mars 2006: |
La Voix du Nord - Le 24 mars 2006:
Médecins sans frontières va quitter Calais le 30mars
La situation sanitaire s’est améliorée
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Ils partent avec le sentiment du devoir accompli. Le 30mars, dans une toute petite semaine, le camping-car estampillé Médecins sans frontières, qui stationnait depuis novembre quai de la Moselle, quittera Calais. Pierric Darrigrand, médecin coordinateur au sein de l’association, a dressé mercredi un bilan de ces quelques mois d’action:
«Lorsque nous sommes arrivés, la situation sanitaire était très délicate, rappelle-t-il. Il n’y avait pas de point d’eau, quatre douches, que deux ou trois consultations médicales par mois, pas de réel suivi des cas les plus sérieux.
D’abord venus en «mission exploratoire», avec un oeil extérieur forcément critique, Médecins sans frontières a su s’imposer tant auprès des populations vulnérables (en pratique, les réfugiés mais aussi toutes les personnes sans droits), qu’auprès des autres associations oeuvrant ici depuis la fermeture de Sangatte.
«En moyenne, nous recevions entre quinze à vingt patients par jour, note Pierric Darrigrand. À la fin mars, nous aurons donné plus de 1500 consultations, pour environ un millier de personnes différentes.»
La nature des pathologies observées chez les réfugiés est assez variée. «Un quart d’entre elles est dermatologique (gale, mycoses, plaies infectées), indique Pierric Darrigrand.
Nous avons recensé beaucoup de traumatologie (fractures, notamment consécutives à des chutes de camion), de rhumatologie (douleurs musculaires ou articulatoires, causées en particulier aux longues marches dans le froid), d’ORL et de pneumologie ».
Bref, autant de maux inhérents à une vie de peurs et d’errance.
Médiation
Hormis cet accès aux soins directs, Médecins sans frontières aura usé de sa médiation pour améliorer certains pans de la vie sanitaire: une salle du bungalow du quai de la Moselle a été équipée d’un point d’eau, et s’y tiennent aussi les consultations d’infirmières qui se déroulaient jusqu’à présent au Secours catholique. D’autre part, le centre hospitalier travaille actuellement sur la possibilité de délivrance gratuite de médicaments.
«Nous avons proposé d’autres choses encore pour améliorer la situation: notamment mettre en place une consultation médicale de porte, c’est-à-dire un service médical purement hospitalier, et non plus associatif. Ensuite, proposer des lieux d’hébergement pour les plus vulnérables des vulnérables. On sait le refus par l’État de tout ce qui peut ressembler à un point de fixation. Mais il serait souhaitable que les sujets les plus en souffrance puissent bénéficier d’un hébergement ponctuel, sans être obligés de passer par la case PAF. Dans le principe les collectivités locales semblent d’accord, mais il faut un accord de l’État, et aussi une association
suffisamment solide pour pouvoir gérer une telle structure.
La mission de Médecins sans frontières s’achève dans une semaine. «Mais nous serons prêts à revenir si le besoin s’en fait sentir.
B.M.
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Le 22 mars 2006 :
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2 articles de La Voix du Nord :
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Hier soir, le collectif C’Sur distribuait un repas spécial pour le nouvel an kurde.
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Soirée spéciale, hier, devant le hangar Paul-Devot. Pour les cent quatre-vingts clandestins massés hier vers 19 heures sur le quai, dans l’attente d’un repas chaud, la distribution avait une saveur particulière. Le collectif C’Sur voulait marquer le nouvel an kurde et le repas, cette fois, était agrémenté de fruits, de briquettes de lait, de barres de céréales, offertes par Médecins sans Frontières dont la mission à Calais s’achèvera la semaine prochaine.
Abrités du vent, les migrants ont défilé, tour à tour, devant les bénévoles du collectif C’Sur, très nombreux hier soir encore. Ils étaient plus d’une vingtaine à tendre assiettes et gobelets, à apporter la chaleur d’un repas et de la chaleur humaine.
La température frôle le négatif et on reste là, atterré devant le spectacle de ces hommes et de cette dizaine de femmes emmitouflés sous d’épaisses couches de vêtements. On souffre à la vue de cette enfant jouant avec son jus d’orange, délivrant un sourire sous sa cagoule de laine. Comment font-ils, tous ces clandestins ? Comment trouvent-ils la force de survivre dehors ?
Olivier PECQUEUX
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Le 22 mars 2006:
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La Voix du Nord:
La famille Arutyunyan a quitté le centre de rétention de Coquelles hier matin .
Embarqués de force vers la Suède, dans un jet. |
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La famille Arutyunyan est depuis hier en Suède. Elle a été embarquée de force, tôt le matin, dans un jet parti de l’aéroport du Bourget pour arriver à Stockholm vers midi. Voilà, c’est ainsi que se termine en France l’histoire de cette famille russo-arménienne arrivée en mai 2005, expédiée loin des frontières parce que l’État a choisi de ne pas les garder.
L’hôtel de police de Coquelles n’aura été qu’un bref intermède à la rétention de cette famille interpellée début mars à Décines, dans le Rhône. Elle y vivait depuis mai 2005, après plusieurs mois passés en Suède. « Pour le bonheur et l’équilibre de leurs enfants, les parents n’ont pas souhaité qu’ils subissent discrimination et brimade tout au long de leur vie, expliquaient les membres d’un collectif de soutien à la famille russo-arménienne. Ils espéraient que la France leur permettrait de vivre dans le respect des Droits de l’homme. »
« Les enfants criaient »
Après un placement dans un centre de rétention à Lyon, la famille refusait mi-mars d’embarquer à bord d’un avion pour la Suède. La loi, désormais, autorise la France à renvoyer dans le premier pays hôte toute personne qui a fait une demande d’asile en Europe. Hier, c’est par la force que la famille a été emmenée. « Les employés de l’aéroport nous ont raconté que les enfants criaient, qu’il avait fallu les pousser », rapporte une militante du collectif C’Sur, partie avec une amie à l’aéroport de Roissy hier matin. « Vers 5 heures, l’aîné des garçons nous a appelées pour nous dire qu’ils étaient emmenés. »
Les deux Calaisiennes prennent aussitôt la route pour Roissy, mais les plans de la police aux frontières changent à la dernière minute. C’est au Bourget, dans cet aéroport d’affaires, que sont conduits les Arutyunyan. « Ils ont embarqué dans un jet en partance pour Stockholm, reconnaît-on simplement à la compagnie Signature Flight Support, prestataire de services à l’aéroport. Il s’agit d’un avion d’une très faible capacité d’accueil. »
La PAF devait emmener cette famille en Suède via un vol commercial. Pourquoi donc utiliser un vol d’affaires dans un aéroport voisin ? « Pas pour éviter les comités de soutien », assure le service communication de la préfecture du Rhône, qui explique seulement que « c’est le ministère de l’Intérieur qui choisit le moyen de transport ».
L’asile en Suède ?
La préfecture justifie cette réadmission en Suède de la famille Arutyunyan par une « obligation légale », contrairement à ce que dénonçaient les élus de la commune de Décines. Ces derniers souhaitaient au moins un sursis, « car le ministre de l’Intérieur a énoncé un principe de suspension jusqu’à la fin de l’année scolaire en cours, des expulsions de parents d’enfants scolarisés ». « Il ne s’agit pas d’une expulsion, mais d’une réadmission », précise la préfecture du Rhône.
À Décines, le comité informé par les Calaisiens se disait « choqué » hier. « Une dernière tentative a été faite hier matin pour infléchir la décision, il nous a été répondu que la Suède offrirait l’asile à la famille. Nous attendons de voir... » Hier soir à Calais, les militants de C’Sur, bouleversés par cette affaire, se montraient perplexes quant à l’avenir de cette famille en Suède. « Leur demande d’asile a été refusée, ils vont être renvoyés depuis la Suède en Russie. »
Olivier PECQUEUX
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Le 18 mars 2006 :
e 18 mars 2006
HCR : nouvelle chute spectaculaire des demandes d'asile dans les pays industrialisés.
« Durant les cinq dernières années, le nombre des demandeurs d'asile arrivés dans les pays industrialisés a baissé de moitié », a annoncé le 17 mars Ron Redmond, porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR), lors d'une conférence de presse donnée au Palais des Nations à Genève.
http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=12044&Cr=HCR&Cr1=France |
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Le 10 mars 2006 : |
La Croix A la Une - Monde |
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10-03-2006 |
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Europe : destins clandestins
Ils viennent d'Afrique et d'Asie, rêvent d'atteindre l'Angleterre et se cachent des mois autour de Calais. La France ne se résigne pas à cette immigration illégale
Des réfugiés kurdes-irakiens reçoivent à Calais des repas préparés par des bénévoles du Secours catholique (photo Huguen/AFP).
Un petit bois, une route, c’est là. Au carrefour, se trouve un « stop ». C’est le dernier arrêt pour les poids-lourds qui se rendent à l’embarquement du terminal de Calais (nord de la France), d’où partent les ferrys vers l’Angleterre. Sur les bas-côtés de la route, les bouteilles vides, les gants abandonnés, les chaussures oubliées témoignent d’un intense passage. La nuit, les clandestins se tiennent là, à l’abri de quelques branchages. Quand un camion s’arrête, quelqu’un ouvre la porte arrière. Les candidats au départ grimpent à bord. Et cette même personne referme la porte. C’est un « passeur », qui, dans ce système parfaitement organisé, peut gagner entre 400 et 1 000 € pour ce geste.
À Calais, en dépit de la fermeture du centre de Sangatte, 500 clandestins vivent en permanence dans les bois, dans des squats, ou sur les quais du port. Ils viennent pour moitié de la Corne de l’Afrique (Somalie, Éthiopie, Érythrée) et pour l’autre moitié d’Asie centrale (Afghanistan, Iran, Pakistan). Ils ont pour la plupart de 15 à 25 ans. Ils forment un flot humain qui ne se tarit jamais. « Ici, c’est le passage obligé pour la Grande-Bretagne. C’est donc un abcès de fixation », constate Michel Delanoy, prêtre et bénévole du Secours catholique.
Il y a encore trois ans, ces clandestins passaient par le tunnel sous la Manche. « Il était une passoire », reconnaît un responsable de la sécurité. Mais, depuis, les contrôles se sont intensifiés. De hauts grillages ont poussé à l’entrée du tunnel, le long desquels patrouillent en permanence des équipes chargées de la surveillance. Alors, les clandestins se sont déplacés. Ils vivent désormais dans ce qu’ils appellent « la jungle », un petit-bois en bord de mer où ils ont construit des cabanes, ou bien sur le port. Et ils tentent désormais de passer en montant dans les camions qui transitent vers les ferrys au nombre de 3 200 par jour en moyenne.
21 000 interpellations en 2005
 La police aux frontières du secteur reconnaît son impuissance. « Nous avons conduit 21 000 interpellations en 2005, constate le commissaire Marie-Hélène Justo, dont 9 000 sur le port à l’occasion de tentatives de passages et 2 800 à l’entrée du tunnel. » Mais parmi les interpellés, beaucoup l’avaient déjà été de multiples fois. De l’autre côté, la police du Kent arrête 130 clandestins par mois.
C’est la preuve que le renforcement des contrôles est efficace. Désormais, les camions subissent de multiples vérifications : ils passent au détecteur de CO2, un amplificateur permet d’entendre les battements de cœur, et un scanner de repérer la chaleur d’un corps. De plus, les chauffeurs qui transportent des clandestins, même à leur insu, écopent de lourdes amendes (3 000 €), ce qui les oblige à faire eux-mêmes les contrôles. Ainsi, le flux s’est tari. Ceux qui parviennent à passer sont moins nombreux.
Cependant, le problème demeure entier. Faute de parvenir à traverser, les clandestins restent là, vivant dans des conditions précaires, nullement découragés par le harcèlement policier dont ils font l’objet. Faute de pouvoir établir leur identité ou d’avoir le concours des autorités du pays d’origine, très peu d’entre eux sont rapatriés. Marie-Hélène Justo indique que 3 % seulement subissent un retour forcé. Les autres sont placés en centre d’accueil dont ils se sauvent après quelques jours. Ou bien ils sont simplement relâchés après quelques heures. Ils retournent alors dans la « jungle » et à leurs tentatives de franchissement par tous les moyens.
À Calais, ces centaines de clandestins ne vivent que dans l’attente du jour où ils parviendront à traverser. Samson, 23 ans, par exemple, est habité par une vraie rage de passer. Venu de Somalie où il était étudiant en informatique, il a déjà franchi tant d’obstacles, cru mourir sur un bateau de fortune en Méditerranée, fait de la prison en Libye. Ce n’est pas pour renoncer si près du but. Sa voix reste douce, malgré tout, lorsqu’il raconte son parcours.
Certains tentent de passer sur des radeaux, voire même à la nage
 Il prend cette épreuve comme une péripétie de plus. Il vit depuis des mois au rythme de ses tentatives. Quand il est pris, il refuse de demander asile en France, car il risquerait ensuite d’être renvoyé s’il ne l’obtenait pas. Il n’a pas de passeport sur lui. Tous les matins, il passe ses empreintes digitales au papier de verre, afin de n’être pas identifiable. Il n’est pas expulsable en se déclarant érythréen et le sait. À chaque fois qu’il est pris, il est relâché au bout de quelques heures et il recommence alors à essayer de passer. En attendant, il dort sur le port, dans un abri où vivent également 45 personnes. Il ne sait pas trop ce qui l’attend en Angleterre. Mais peu importe. Il voit son avenir de l’autre côté de ce petit bras de mer.
Comme lui, les clandestins de Calais n’ont avec eux que le contenu de leurs poches. Ils portent plusieurs pantalons, l’un sur l’autre, pour lutter contre le froid. Ils sont en route depuis des semaines, souvent des mois. Ils vivent de la soupe populaire organisée par un collectif de bénévoles calaisiens. Parmi eux se trouvent quelques jeunes femmes, dont certaines voyagent seules. Beaucoup sont mineurs.
La plupart ont emprunté un peu d’argent à un frère, un oncle, pour payer leur voyage. Ils n’ont pas averti leurs parents, attendant d’être à destination pour leur annoncer où ils sont. Certains tentent de passer sur des radeaux de fortune, voire même à la nage. D’autres tentent de monter clandestinement à bord des bateaux. Mais la plupart se retrouvent soumis à la loi des « passeurs » qui contrôlent l’accès aux meilleurs coins pour monter dans des camions.
La police a bien du mal à appréhender les passeurs
 Ces passeurs sont parfois eux-mêmes des candidats au départ qui tentent de gagner ainsi le prix de leur propre passage. Mais certains se sont installés plus durablement à Calais. Ils se mêlent à la foule des clandestins, mangent avec eux, vivent avec eux. C’est ainsi qu’ils recrutent leurs prochains clients. « On les reconnaît facilement, car ils ont des chaussures propres et un téléphone portable… », ironise un bénévole qui participe à la soupe populaire. Ces passeurs ne sont payés que lorsque le « client » arrive à destination. Ce dernier téléphone pour prévenir qu’il a réussi et un camarade, resté en arrière, règle la dette. Ainsi, ces coups de téléphone venus de Grande-Bretagne entretiennent le rêve qu’il est possible, malgré tout, de passer.
Actuellement, les meilleurs points de passages seraient contrôlés par des Kurdes irakiens, qui règlent parfois au couteau leurs conflits avec la concurrence, venue en particulier de Somalie. La police, elle, a bien du mal à appréhender ces passeurs. L’an dernier, 300 personnes ont été arrêtées pour ce délit à Calais mais il s’agissait pour la plupart de chauffeurs de poids-lourds qui avaient accepté de prendre des clandestins à bord.
« Il existe ainsi une filière lituanienne », constate la commissaire Marie-Hélène Justo. Cinquante chauffeurs lituaniens ont été arrêtés l’an dernier. En revanche, seule une dizaine de passeurs mêlés aux clandestins ont été arrêtés. « Il est particulièrement difficile de prouver leur activité , constate la commissaire. Et quand ils sont pris, un cousin vient de leur pays pour prendre leur place. »
Alain GUILLEMOLES
L’immigration clandestine
L’arrivée de migrants a subi un coup d’arrêt en France à partir de la fin des années 1970, à la suite du premier choc pétrolier. Depuis, moins de 100 000 étrangers parviennent à s’installer chaque année en France, principalement en ayant obtenu le statut de réfugié politique ou du fait du droit au regroupement familial. Le resserrement des possibilités d’entrée s’est traduit par un développement important de l’immigration illégale, estimée à 200 000 personnes au moins, face aux 3,5 millions d’étrangers qui vivent en France de façon légale.
Confrontés à la montée du chômage, tous les pays européens n’en agissent pas moins en ordre dispersé face à l’immigration clandestine. La France a fait le choix d’une sévérité accrue ; au contraire, l’Espagne vient de régulariser 700 000 clandestins, c’est-à-dire tous ceux qui pouvaient présenter un contrat de travail ; L’Italie, de son côté, a introduit des quotas en 1998. Enfin, la Grande-Bretagne, où le chômage est bas, se montre aussi relativement accueillante.
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Le 2 mars 2006 :
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L'Infernale , l'Association Relief concerts pour les Réfugiés
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