La Voix du Nord - 27/06/2006
IMMIGRATION Parrainages symboliques contre menaces d’expulsion
Dimanche, Éric Schollaert, le maire de Bouquehault, a procédé à la cérémonie de parrainage républicain de trois migrants en situation irrégulière.
PAR BRUNO MALLET
calais@lavoixdunord.fr Non, ce n’était pas un mariage. Le cadre et l’atmosphère, pourtant, pouvaient prêter à confusion. La petite salle de la mairie de Bouquehault pleine à craquer, le maire ceint de tricolore, des engagements, des signatures, et dans le public, quelques larmes d’émotion. Dimanche matin, à la mairie de Bouquehault, c’est une cérémonie particulière qui s’est tenue : le parrainage républicain de trois étrangers vivant en France, sous la menace d’une expulsion. Les voilà placés sous la protection d’un parrain et d’une marraine, et la responsabilité morale d’un élu. Cette démarche n’a aucune valeur juridique, mais est porteuse d’une grande force symbolique.
Ces parrains et ces marraines sont des gens qui, bien souvent, se sont mis hors la loi en hébergeant, en protégeant des étrangers en situation irrégulière.
En obéissant, tout simplement, à leur conception de l’humanité : « C’est une histoire d’amitié et de respect, explique Dominique Debelle, marraine de Nicusor, un Roumain de 40 ans en attente de régularisation. Nous militons simplement pour que chacun puisse se construire là où il en a envie. » Pierre et Françoise Pennaert, parrain et marraine d’U., un jeune Afghan qu’ils ont pris sous leur protection, et qui, littéralement, fait aujourd’hui partie de la famille. « Nous nous engageons à tout faire pour que tes rêves et tes projets se réalisent », ont-ils affirmé, comme ils l’auraient affirmé pour leur propre fils. Leur filleul ne sait pas ce que ses rêves et ses projets deviendront après le mois d’octobre, lorsque sa carte d’étudiant arrivera à expiration.
Il y avait une chaise vide, dimanche. Comme pour souligner par l’exemple l’extrême fragilité de ces vies. Parrainé par Jean-Claude Lenoir et Chantal Lorgnier, H., un autre jeune Afghan, n’est pas venu, par peur de se montrer, de s’exposer à l’expulsion. Il sera parrainé, comme les deux autres. « Voilà où nous en sommes, déclare Jean-Claude Lenoir. Il est obligé de se cacher parce qu’il cherche un petit peu de bonheur. Nous sommes là aussi pour dire que contrairement à ce que semblent penser nos gouvernants, le bonheur de l’un ne se fait pas aux dépens du bonheur de l’autre.
» Chacun, ici, se réclame des valeurs républicaines que la République semble avoir oubliées. « Le coeur n’a pas de frontières, et il n’y a pas besoin d’être français pour aimer la France », a lâché le maire Éric Schollaert, qui parle d’acte de résistance.
Ce n’était donc pas un mariage. Mais, pour eux, la consommation d’un divorce entre des hommes et un gouvernement qui ne partagent pas la même vision de l’humanisme. •
La Voix du Nord - 27/06/2006
« J’ai pris cela comme un grand honneur. C’est un acte de résistance. »
Pourquoi avoir pris cette initiative ?
« J’ai été sollicité par Catherine Bourgeois, conseillère régionale. J’ai accepté spontanément, sans réfléchir. J’ai pris cela comme un grand honneur, c’est un acte de résistance. Mais il faut préciser que cette démarche n’engage ni mon conseil municipal, ni la population. Elle n’engage que moi. » > Comment réagissent les habitants de la commune ?
« Vous n’ignorez pas que Bouquehault est la commune du Calaisis où le Front national réalise ses plus gros scores. Je suis convaincu qu’ici, les gens sont beaucoup plus déboussolés que racistes. Des réactions, je n’en ai pas encore eu. Et si j’en ai, je m’en moque... » > Ce parrainage n’a aucune valeur juridique. En quoi est-ce utile ?
« L’expérience montre que les étrangers parrainés sont moins soumis au harcèlement policier... Et surtout, si ces opérations se multiplient, on espère qu’elles constitueront une gêne terrible pour le gouvernement. » •
La Voix du Nord - 27/06/2006
D’abord pour les enfants...
Les parrainages républicains ont été initiés dans les départements de la Somme et de l’Oise, principalement à l’attention d’enfants scolarisés.
Le réseau Education sans frontières a lancé, avec d’autres associations humanitaires, ces parrainages républicains afin notamment de faire obstacle à l’expulsion d’enfants scolarisés. De tels parrainages se multiplient car le 30 juin, de telles expulsions seront possibles. Mais ces parrainages peuvent aussi concerner des adultes. Le texte de l’attestation remis par les maires est le suivant : « Ne connaissant chaque jour que la peur du lendemain, on ne peut vivre. Pour que la reconnaissance de vos droits et de votre existence devienne réalité sur cette terre des Droits de l’Homme, pour que le cauchemar que vous vivez au quotidien disparaisse à tout jamais, nous vous reconnaissons comme citoyen à part entière de notre commune et de notre pays. Nos droits sont aussi les vôtres. Nous vous accueillons pour que l’avenir ait un sens pour vous, et que votre vie soit respectée dans sa dignité. Vous qui avez connu le pire, vous méritez aujourd’hui que les valeurs de la République s’affirment et vous donnent le meilleur, le droit à la liberté et à la vie avec nous. Sentiments fraternels.